Une photo d’un chiot aux yeux doux partagée sur les réseaux, une association qui semble sérieuse, et une envie sincère de faire une bonne action. Beaucoup de gens commencent exactement comme ça leur projet d’adoption depuis la Roumanie. Certains en gardent une des plus belles expériences de leur vie.
D’autres ont été pris au dépourvu – pas parce que la démarche est mauvaise, mais parce qu’ils ne savaient pas vraiment à quoi s’attendre. Voici ce qu’il faut savoir avant de se lancer.
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TogglePourquoi autant de chiens errants en Roumanie ?
Pour comprendre pourquoi des milliers de Français adoptent chaque année un chien venu de Roumanie, il faut d’abord comprendre ce qui se passe là-bas. Après la chute du régime communiste, des familles entières ont quitté maisons et jardins pour s’installer dans des appartements en ville.
Les chiens, devenus « encombrants », ont été abandonnés en masse. Sans politique nationale de stérilisation efficace, la surpopulation canine n’a fait que croître depuis.
En 2013, un enfant décède à cause d’une attaque de chiens errants. La Roumanie vote alors une loi autorisant la mise en fourrière des chiens errants, suivie d’une euthanasie au bout de 14 jours si personne ne les réclame. Sur le terrain, les dérives sont documentées : délais non respectés, électrocutions, empoisonnements.
Des associations dénoncent ces pratiques depuis des années et se battent pour organiser des campagnes de stérilisation et des rapatriements vers l’Europe de l’Ouest.
La France est une destination naturelle pour ces chiens : le rapport culturel à l’animal y est très différent, les capacités d’accueil aussi. Chaque adoption libère une place en refuge – et potentiellement sauve une deuxième vie.
Pourquoi adopter un chien en Roumanie ?

La première raison, la plus évidente, c’est l’acte concret que représente l’adoption. Ces chiens ne sont pas dans un refuge confortable – beaucoup vivent dans des conditions précaires, avec un horizon limité à quelques semaines. Adopter, c’est une vie sauvée, pas une formule de communication.
Ce que les témoignages d’adoptants soulignent avec une régularité frappante, c’est la résilience de ces animaux. Nés dans la rue de génération en génération, ils développent une intelligence pratique et une capacité d’adaptation que peu de chiens d’élevage possèdent.
Beaucoup d’adoptants décrivent une relation particulièrement forte, construite sur la confiance retrouvée et une reconnaissance qui se lit vraiment dans le comportement du chien.
Il y a aussi un aspect plus pratique : contrairement à certaines races très demandées en France, l’offre est importante, y compris pour des chiots. Les profils sont variés – tailles, caractères, âges – et les croisements donnent souvent des chiens au physique attachant et unique.
Comment se déroule concrètement l’adoption ?
La procédure peut surprendre si on ne la connaît pas. Contrairement à une adoption en refuge classique, on choisit généralement son chien sur photo ou vidéo, sans pouvoir le rencontrer en amont – sauf si l’animal est déjà en famille d’accueil en France.
Voici les grandes étapes telles qu’elles sont pratiquées par les associations sérieuses :
- Remplissage d’un formulaire d’adoption détaillé : logement, mode de vie, animaux déjà présents, expérience avec les chiens
- Entretien téléphonique ou visite à domicile par un bénévole de l’association
- Coup de cœur sur le profil d’un chien, suivi de la signature d’un contrat d’adoption
- Attente du prochain rapatriement – les convois ont lieu entre 1 et 8 fois par an selon les structures, et sont déclarés via le système européen TRACES
- Récupération du chien à un point de dépôt – parfois à deux ou trois heures de chez soi
À l’arrivée, le chien est muni d’une puce électronique, d’un passeport européen, et a reçu ses vaccins obligatoires (polyvalent et antirabique). La stérilisation est réalisée dans la mesure du possible avant le départ – sinon, elle reste à la charge de l’adoptant quelques mois après.
Combien coûte l’adoption d’un chien en provenance de Roumanie ?

On parle ici de frais de participation, pas d’un prix d’achat. Ces frais couvrent les soins vétérinaires réalisés en Roumanie et le transport jusqu’en France. La fourchette habituelle se situe entre 200 et 350 euros, selon l’association et le profil du chien.
À titre d’exemple, l’association Adopt To Save pratique des frais de 300 euros pour un chien adulte stérilisé (transport, vaccins, test 4DX, stérilisation, passeport et documents d’exportation), 250 euros pour un chien trop jeune pour être stérilisé, et 200 euros pour les chiens de plus de 8 ans.
Le coût du rapatriement seul représente environ 150 euros par animal, auxquels s’ajoutent les frais de traçabilité.
Il faut également anticiper les frais qui suivent l’arrivée : visite vétérinaire de contrôle, stérilisation éventuelle pour les jeunes chiens, compléments vaccinaux, vermifuges réguliers et, si vous souhaitez vous couvrir, une assurance santé animale. Prévoir une enveloppe de 200 à 300 euros supplémentaires dans les premiers mois est raisonnable.
Est-il sûr d’adopter un chien en provenance de Roumanie ?
La question mérite une réponse honnête, en deux volets distincts.
Sur le plan sanitaire, les associations sérieuses envoient des chiens vaccinés, identifiés et déclarés auprès des autorités européennes via le système TRACES.
Le risque zéro n’existe pas – les conditions en fourrière ne permettent pas de détecter toutes les pathologies – mais une visite vétérinaire dès l’arrivée du chien permet de faire un point complet et de traiter rapidement ce qui doit l’être.
Sur le plan comportemental, c’est là que beaucoup d’adoptants sont surpris. Ces chiens ne sont pas « prêts à l’emploi ». La propreté, la marche en laisse, les règles de vie en intérieur : tout ou presque est à apprendre depuis le début.
La crainte des humains est très fréquente les premières semaines, parfois les premiers mois, en raison du trauma lié à la rue et à la fourrière. Certains développent de l’hyperattachement ou des comportements anxieux.
La bonne nouvelle, et elle est confirmée par la très grande majorité des témoignages : ces chiens progressent vite avec de la patience, de la douceur et un environnement sécurisant. La relation qui se construit au fil des mois est souvent décrite comme particulièrement forte et reconnaissante. «
Avec du temps, ils comprennent très vite parce qu’ils sont vraiment très malins », résume une adoptante dont le chien était arrivé en état de choc complet.
Adopter un chiot roumain : ce qui change

C’est possible, et ça arrive régulièrement – notamment quand des femelles gestantes sont sauvées et mettent bas en refuge. Mais quelques points méritent d’être anticipés. Les chiots ne sont généralement pas stérilisés à l’arrivée car trop jeunes : la stérilisation ou castration sera à réaliser entre 6 et 8 mois après leur arrivée chez vous.
Le caractère d’un chiot roumain est encore moins prévisible que celui d’un adulte, dont on connaît au moins les grandes lignes via le refuge ou la famille d’accueil.
Adopter un chiot, c’est s’engager avec beaucoup d’inconnues – et le même investissement en temps et en éducation qu’un chiot d’élevage, sans les « »garanties » » d’une race sélectionnée.
Cela dit, l’avantage d’un chiot arrivé jeune, c’est la socialisation : pris en main tôt, avec un environnement stable et bienveillant, il intègre les règles de vie plus naturellement et construit ses repères directement avec sa nouvelle famille.
Arnaques et mauvaises associations : comment les repérer
Le sujet est sérieux et les pièges sont réels. Les escroqueries autour de l’adoption de chiens roumains fonctionnent toujours selon le même schéma : une annonce touchante avec la photo d’un chiot, un premier contact qui joue sur la corde sensible, puis une demande d’argent pour « les frais de transport » – après quoi l’interlocuteur disparaît avec la somme.
En France, une filière démantelée dans le Bas-Rhin extorquait entre 200 et 300 euros par victime via des cartes PCS prépayées.
Les signaux d’alerte sont clairs :
- Demande de paiement par carte rechargeable, Western Union ou virement sans contrat
- Absence de numéro SIRET ou de statut associatif vérifiable (loi 1901)
- Aucune visite à domicile ni entretien téléphonique préalable
- Refus de répondre aux questions sur le chien lui-même
- Frais très élevés sans détail de leur utilisation
Une association sérieuse prend le temps de vous connaître avant de vous confier un animal. Elle vous contacte, elle pose des questions, elle accompagne avant et après l’arrivée du chien.
Des structures comme Remember Me France, Save and Hope for Dogs, L’Arche de Kala, WOF ou Adopt To Save reviennent régulièrement dans les retours positifs d’adoptants.
Pour vérifier, les forums spécialisés et les groupes Facebook d’adoptants sont une bonne source de retours d’expérience réels.
Faut-il se lancer ?

Adopter un chien venant de Roumanie est une belle décision – à condition de l’aborder avec les yeux ouverts. Ce n’est pas l’adoption la plus simple qui soit : il faut accepter une période d’adaptation parfois difficile, un chien qui peut mettre du temps à se sentir en sécurité, et une éducation à construire presque de zéro.
Mais la quasi-totalité des adoptants qui témoignent le disent clairement : ils recommenceraient. La relation qui se construit avec un chien roumain a quelque chose de particulier, forgée dans la confiance reconstruite et la patience partagée.
La clé reste de choisir une association transparente, de ne jamais payer sans contrat, et d’accueillir ce chien comme ce qu’il est : un survivant qui a juste besoin de temps pour croire que tout va bien.



